vendredi 23 avril 2010

RIP Guru



La mort de Guru a jeté un putain de froid. Comme lors de la perte d'un proche. Parce Guru, c'est finalement un mec qui a toujours fait partie de notre environnement. En bien ou en mal. Mais c'est la vie. C'est ainsi dira-t-on. Finalement, c'est lorsque la "communauté" hip hop perd un de ses membres les plus éminents qu'elle ressemble le plus à une vrai communauté.
En effet, qui peut nier l'impact de Guru sur cette musique ?


Que l'on soit de la génération 80 et que l'on ai suivie l'épopée de Gangstarr depuis "No More Mister Nice Guy" ou que l'on ait pris le train en route comme moi, la peine est la même.
Sincère.
On s'est tous buté au son "made in Primo" dominée par la voix brute du Guru. On a tous notre album fétiche de ce groupe mythique. Le mien, Moment Of Truth.

J'avais gratté sur ce disque un texte insignifiant qui se voulait à l'époque, être une chronique (qui depuis s'est perdu dans les méandres du net). Reste l'affection que je porte à ce disque.
You Know My Steez. Le gimmick d'ouverture. La voix de Guru
..Magique !

" That makes me know that, we we we we're doin
We had the right idea in the beginning
And and we just need to maintain our focus, and elevate
We what we do we update our formulas
We have certain formulas but we update em (oh right)
with the times, and everything y'know
And and so.. y'know
The rhyme style is elevated
The style of beats is elevated
but it's still Guru and Premier
And it's always a message involved "

C'est clair que ces deux là avaient trouvé la formule. Peu importe ce qu'il s'est passé entre eux, l'histoire se souviendra qu'ils formaient un duo exceptionnel. Un des meilleurs producteurs que le Hip Hop n'ait jamais vu, et un rappeur comme on en fait plus de nos jour! Né pour la rime et pour sauver ce damn' thing qu'on s'entête à appeler hip hop. Un type conscient de son rôle.
Un MC !

Directement après You know My Steez, j'aime zapper sur le mythique Above The Clouds. Cette chanson pour moi est une sorte de perfection:
La combinaison à son summum.
Le beat planant dans une autre sphère (je reprend cette expression de mon premier article!).
Le sample génial de John Dankworth utilisé par Primo.La voix lourde de Guru et la technique facile d'Inspectah Deck.
Au jour d'aujourd'hui, j'aime Inspectah Deck uniquement pour ce son. J'ai toujours trouvé que ce morceau était d'une justesse incroyable. On vole en écoutant ce track. Above The Clouds c'est la chanson que l' on écoute dans l'avion en regardant les nuages pendant que l'hôtesse propose son café dégeulasse. Fermez les yeux et imaginez pour voir...




Je déteste les oraisons funèbres ..surtout quand elle manque de talent! Je vais donc éviter de sombrer dans la pleurnicherie facile. Guru n'était pas dans mon top 5 des best rapper alive. Et si celui-ci existe, il n'y entrera pas demain. Cependant j'ai énormément apprécié son taf. Que ce soit avec Gangstarr ou les premiers Jazzmatazz, c'était pour moi l'illustration de ce que doit être un MC: Conscious, Entertainer, talentueux et passionné...


Une légende s'en est allée. Au delà des nuages.

" Above the crowds, above the clouds where the sounds are original
Infinite skills create miracles
Warrior spiritual -- above the clouds
reigning/raining down, holdin it down "

R.I.P. GURU ( 1966-2010)
clickez sur le titre, il donne sur un lien où l'on peut lire la dernière lettre qu'il a laissé avant de partir

dimanche 18 avril 2010

K'naan : Africain jusqu'à quel point ?

Dans les innombrables débats que je peux avoir avec certains gratteurs de Bordel®, il y en a un qui promet toujours des éclats de voix. Celui de l’existence de scènes distinctes selon les pays (dédicace à la Miss A.).
Autrement dit, existe-t-il une scène rap français ?

Tout ceci peut paraître évident mais il n’en est rien.
Qu’est ce qui caractérise la scène rap français ? Un son ? Des thématiques ? Une conception de la musique différente de ces homologues américains ?
Selon le Larousse, une scène se définit comme «le lieu où s’exerce une activité humaine ». L'unité d'une scène se constituerait donc au niveau de la localisation géographique. Cette affirmation peut-être facilement réfutée: Des artistes aussi différents qu’Hocus Pocus et Booba appartiennent à l’espace français, pourtant on conviendra qu’il y autant de différences de style entre les deux qu’entre Marc Lévy et Baudelaire. Difficile de les classer sous un même étendard.

On le voit l’utilisation du mot scène est finalement plus complexe qu’on pourrait le penser.

Que penser également des artistes issus du continent Africain, exilés à l’étranger et qui sont de suite érigés en héros de la scène Africaine ?

Doit-on les classer au sein de la scène Africaine ou ailleurs?

De cette lignée d'artiste, K’naan est le dernier en date. Son album "Troubadour" sorti en 2009 est le parfait exemple de cette contradiction. En surfant sur le net, on s’aperçoit qu’il est impossible de parler de cet album sans le présenter comme un produit du continent africain ou digne représentant de la scène Africaine.


..Ce qui a le don de m’horripiler fortement.

Je m’explique. K’naan a quitté la Somalie et habite désormais au Canada. Il chante en Anglais et son public est essentiellement nord-américain. Pour quelqu’un qui a écouté Troubadour"", cet album sonne typiquement Nord-américain. L'album est produit par Track & Field qui ne sont autre que Brian West et Gerald Eaton. Deux producteurs R&B US qui ont bossé avec Nelly Furtado. Les featurings (Mos Def, Charli 2na, Damian Marley, Adam Levine..) montrent également l’empreinte Made In USA.

Bien sûr des influences africaines sont présentes aussi bien dans les lyrics que dans le son (sample de Mulatu Astake et de Tiahoun Gessese).

Bien sûr l’histoire personnel de l’artiste est fortement liée à ce continent et ce, d’une manière tragique mais nous parlons ici strictement en terme musical.


Cette relation est-elle suffisante pour ériger K’naan en héros du hiphop somalien ?

J’avoue humblement ne pas être un expert en termes de hip hop africain en général et somalien en particulier, mais il me semblerait plus juste musicalement parlant de nommer comme tel un artiste local qui s’inscrirait dans cette mouvance. Placer K’naan au sein d’une scène Africaine/Somalienne pourrait passer pour une immense preuve de condescendance envers la dite scène ; scène dont au passage on ne parle jamais.

Je ne pense pas que ce soit le cas. Je pense qu’il s’agit davantage d’une ignorance inavouée de la part de la plupart des chroniqueurs, planquée sous un raccourci trop facile. Pour ma part, K’naan, héros de la scène somalienne non…. mais héraut de la Somalie à l’étranger évidemment.

D’autant que lorsqu’on s’arrête vraiment sur cet album, on s’aperçoit que ce n’est pas tant l’Afrique (ou la Somalie) que K’naan décrit. C’est davantage l’errance d’une diaspora africaine obligée de s’exiler pour vivre ou le fait d’être trimballer d’un continent à un autre dans des circonstances aussi terribles. Egalement, la nostalgie du pays, les souvenirs traumatisant d’une enfance, l’arrivée dans un eldorado fantasmé avec ces joies et ces déceptions... Finalement cet album ressemble à son auteur. C'est un pont entre deux cultures que tente de décrire K'naan. Et on peut dire qu'à défaut d’être magnifique, sa plume vise et touche juste.

Dans Wavin’ Flag, K’naan a l’intelligence de ne pas tomber dans le cliché africain et universalise son propos. Finalement, on peut appliquer les paroles de cette chanson aux bidonvilles de Mogadiscio, au project de Brooklyn ou à la cité des 4000. Jugez par vous même...

" Born to a throne, stronger than Rome
But Violent prone, poor people zone
But it’s my home, all I have known
Where I got grown, streets we would roam
But out of the darkness, I came the farthest
Among the hardest survival
Learn from these streets, it can be bleak
Except no defeat, surrender retreat "

Pas étonnant que cette chanson est été choisie comme hymne officiel du Mondial Sud Africain.

Dans Fatima, on touche au désastre de l’enfance brisée. De cette période où les rêves s’effacent devant une froide réalité. K’naan évoque ce passage avec une retenue plus qu’émouvante.

" Fatima,
What did the Young Man say
Before he stole you away
On that fateful day Fatima
Fatima,
Did he know your name
Or the plans we made,
To go to New York City, Fatima "



15 Minutes Away décrit les galères d'argent et l'attente angoissante du mandat Western Union. Tellement vrai.

Somalia et America soulignent l’écartèlement de l’auteur entre ses deux patries. Sur America, K'naan chante symboliquement en somali accompagné d'un Mos Def et d'un ex de Jurassic 5 tout deux plutôt faiblards. Somalia est une ode comme le dit K'naan: Un manuel d'intégration comme on aimerait le présenter à Brice Hortefeux himself.


"Do you see why it’s amazing,

When someone comes out of such a dire situation

And learns the English language,

Just to share his observation!

Probably get a Grammy without a grammar education.

So fuck you school and fuck you immigration!"



Le deuxième point que je souhaitais soulever est le suivant: l’album de K’naan est davantage un album de pop fortement inspiré du hip hop qu’un album de hip hop (à proprement parler). Les chansons s’enchaînent agréablement. La musique est intéressante (mention particulière au trombone sur le morceau Fatima) et offre plusieurs niveaux d’écoutes. La voix de K’naan n’est pas particulièrement agréable mais elle s’insère parfaitement à l’ensemble. Ainsi l’interprétation maladroite de Fire In Freetown est audible après plusieurs écoutes.


Bref, malgré tous mes efforts pour détester cet album, je me suis quand même surpris à l’apprécier pour ce qu’il est. Un album easy listening au sens positif du terme. "Troubadour" est sans prétention et ne révolutionnera rien du tout mais il permet de découvrir un artiste sincère dont j’apprécie la simplicité. Un album qui mérite une meilleure exposition dans nos contrées.

Peut-être lors d'une victoire d’une équipe africaine au Mondial ?



Zayyad

lundi 12 avril 2010

Mixtape of our black (Kate) Mos


Salut! La mixtape de la semaine (ou devrait-on dire "du mois" pour être plus réaliste) nous amène un peu de soleil. Décidément, le printemps nous fait des feintes, souvent on est saucé, on range le gros manteau au placard, on sort les teeshirts flashy et BIM ! le vent nous donne des gifles, nous gêle les os.. tandis que les nuages passent devant le soleil (un peu comme Messy et les Gunners). Brrr.. on a bien le seum mais on continue de faire comme si.. Maaliche le métro n'est pas si loin!
Bordel-Inc remédie à ce problème, et vous propose de mettre un peu de chaleur dans votre Mp3 avec une mixtape reggae de Max Tannone (connu sous le nom de Minty Fresh Beats). Ce mec est loin d'avoir la tête de l'emploi, ce petit gringalet new yorkais est un beat-maker qui commence à se faire un nom. Ces mashups sont des plus subtiles: la mixtape a été concocté avec minutie! Mélanger du dub et du Mos def était pourtant risqué, mais 'faut l'avouer le travail est propre!
Pour les purists, rassurez-vous le 20 au Cabaret Sauvage, Mr Mos Def nous fera l'honneur (j'espère) de nous jouer "The Ecstatic" (encore un bon album de 2009!) et surtout le délicieux "Black On Both Sides".

mercredi 3 mars 2010

Doc Gynéco ou la Cassandre des temps modernes !

1997, une cour d’école encore vide. Il est 10h et c’est bientôt l’heure de la récré. Bientôt les enfants vont faire leur apparition. Le premier d’entre eux à mettre le pied dans la cour poussera le cri universel du « premier à être entré dans la cour » et vérifiera encore ce théorème inexpliqué. Pourquoi en entrant dans une cour, les enfants se sentent-ils obliger de hurler ?
Maintenant c’est toute une horde de mômes braillards qui ont envahies les lieux. Le nombre de morve au nez doit être égal au nombre de dollars planqués dans une banque au Liechtenstein. Dans le fond de la cour, trois gamins se cachent à l’abri des regards indiscrets. Ils récitent quelque chose. Une poésie à apprendre pour le cours suivant ?
Demain dès l’aube de Victor Hugo peut-être ? Non, ils chantent Vanessa ou Nirvana de Doc Gynéco. Ils ne comprennent pas un traître mot de ce qu’ils sont en train de chanter mais ils le font avec passion. Jusqu'à ce qu’un professeur passe par là et les remette en place rapidement… Sans qu’ils ne comprennent pourquoi.
Ce souvenir autobiographique poignant pourrait faire bondir un membre de l’Académie française. Ah la décrépitude intellectuelle des jeunes Français qui font passer Doc Gynéco devant Victor Hugo ! Pour moi, c’est surtout le souvenir d’une méchante remontrance et un de mes souvenirs hip-hop les plus lointains. Et c’est en repensant à ce souvenir que je me suis rendu compte de l’impact de Doc Gynéco à l’époque. Nous n’étions que des gamins et pourtant… 
C’est ce qui m’a décidé à replonger dans “Première Consultation
que je n’avais finalement jamais vraiment écouté.



Autant le dire tout de suite, cet album m’a mis une claque. J’avais beau connaître la moitié des titres, j’ai été surpris par l’homogénéité de l’album. Cet album respire la côte ouest californienne comme c’est pas permis. Claviers, grosses basses comme pourrait les sortir le maître de Long Beach. Plutôt rafraîchissant quand la majorité des rappeurs de l’époque puisaient leur inspiration dans la scène New Yorkaise.
C’est à la fin de l’album (le morceau plutôt raté “
Papa was a rollin’ stone”) que le parallèle avec Snoop Dogg s’est imposé à moi comme une évidence. Le même flow traînant et cette faculté à chanter font du Doc une sorte de double français du chien fou. A l’instar de celui-ci, Gynéco ne brille pas par la qualité de ces textes. Ces sujets de prédilection se bornent à la rue, au sexe et encore au sexe. Surprise pour moi, Gynéco s’avère également être un vrai fan de foot avec des références tout au long de l’album et ce, surtout dans le célèbre Passement de Jambe. Ce qu’il y a de plus étonnant là-dedans finalement, c’est que l’album dans son entier, laisse entrevoir ce que deviendra Gynéco une décennie plus tard.
Dans “
Classer-le dans la variet”, Gynéco prend déjà ces distances avec le mouvement hip hop. Dans “Si tu crois que je pèze” on le sent plutôt lucide quant à ces rapports au show biz et sa chute prochaine. L’illustration de son désir d’autodestruction et son sentiment de perdition ne sont plus à démontrer. “Nirvana” et “Née ici” sont devenus des hymnes pour toute une génération…
10 ans après, Gynéco est la risée de la France entière, qui le voit désormais comme une loque sur patte. Récupéré par Sarkozy, ce qui l’a définitivement coupé du fan de rap landa, il ne semble plus être qu’un sujet de moquerie.
Loin de moi l’idée de défendre le Gynéco d’aujourd’hui mais de défendre celui d’hier qui été un véritable artiste. Un artiste qui avait parfaitement su se démarquer malgré les critiques ; un artiste au bord du ridicule est qui a fini par y sombrer ; Une Cassandre qui avait prédit sa chute prochaine mais qui a voulu le faire d’une manière magnifique : Finalement, on peut se dire qu’elle y est parvenue.

Zayyad

mercredi 24 février 2010

Une tuerie peut en cacher une autre /!\

Dans l'équipe de Bordel Inc®, Bouesso et Zayyad s'affrontent régulièrement sur un terrain de basket virtuel via NBA 2K. Départager les deux n'est pas chose facile ...mais je pense qu'ils applaudiront de concert, la mixtape Leakers Of The Funk, où les latinos de Cypress Hill collaborent avec d'excellents Dj californiens, j'ai nommé: les L.A. Leakers!



Ce sont plusieurs Djs, qui indépendamment sont super intéressants (découvrez-les sur leurs myspaces respectifs : Just-N-Credible™, Dj SourMilk, Deelon et Mando Fresko) mais qui se sont associés pour former les Los Angeles Leakers, reprenant ainsi subtilement le nom de l'équipe des Los Angeles Lakers ;). Leur devise est "We leak music. You like music" (to leak : divulguer) et c'est vrai que par le biais de leur myspace, on découvre plein de sons jusqu'alors inconnu (par moi-même du moins) ..mais qui sont sûrement meilleurs une fois mixés J'ignore quelles sont les équipes que Bouesso, Zayyad ou Aly supportent mais j'suis sûre que cette mixtape en feront des fans inconditonnés des l(e)akers! (Avec une intro qui reprend l'excellent Insane In The Membrane -qui est lui-même je vous le rappelle la reprise de Jum Around de House of Pain- on ne peut que aimer!)




Cette mixtape est en fait un avant-goût de l'album Rise Up de B-real, Sen dog, Eric Bobo & Dj Muggs, qui sortira le 6 Avril. Aussi est-elle composée de remix de leurs grands classiques (Rap Superstar, Illusions et I Wanna Get High par exemple) mais également des tracks de ce futur album dont les quelques fuites (It ain't nothing, Rise Up, Amanda Latina, Light It Up produit par Pete Rock et l'excellent Pass The Dutch') semblent garantir un putain d'opus! Vraiment, cet album c'est du lourd surtout compte tenu de la diversité des artistes qui y ont participé: le guitariste Tom Morello de Rage Against The Machine, Mike Shinoda de Linkin Park, Daron Malakian le chanteur et guitariste de System of a Down, le chanteur Marc Anthony et des rappeurs comme Pitbull, Everlast, Young De, Evidence et The Alchemist ainsi que les humoristes Cheech & Chong!

nAst

vendredi 19 février 2010

Déché(FR)ance

Je me permets de généraliser dans cet article car il va de soi que seule la surface visible de l’iceberg est visible par le plus grand nombre. Cette analyse est évidemment subjective. Je suis persuadé qu’elle trouvera un écho auprès de certains.

On reproche au Hip-Hop français de se laisser mourir mais comment en sommes nous venus à cette finalité ?

Regardons rapidement aux caractéristiques intrinsèques à notre rap fr


La forme
-Dans sa période la plus faste pendant laquelle Time Bomb et autres prolixes rappeurs dominaient (j’évite la liste exhaustive), nous n’avons pas innové. Je m’explique : le contenu était très fourni et rendait la plupart du temps un vibrant hommage à la richesse de notre langue. Oxmo, Fabe, Scred Connexion, Hi-Fi entre autres je pense à vous (lol)
-Je dénote trop peu de morceaux contemporains à cette époque qui sont précurseurs comme le sont certaines productions US :


La production
-La scène actuelle du rap français en fin de compte, se superpose sur des paramètres semblables à celle de la golden age ; tendance US tout d’abord réfutée puis utilisée à outrance. La créativité se jouait sur les samples utilisées maintenant c'est sur le nombre de BPM.
-Je regrette énormément que le département R&D ne soit pas à la hauteur des ressources disponibles. J’ai encore du mal à comprendre comment nous pouvons être aussi mauvais en étant le carrefour de tant de styles musicaux : héritage culturel (famille de première ou seconde génération d’immigrés africains, asiatiques, européens du sud), French Touch, électro européenne, musique classique (souvenirs de flûte… lol). Preuve irréfutable de notre source intarissable de sons, les nombreux samples venant de bandes musicales françaises (ex : Musiq Soulchild avec Paul Mauriat), variété, rock british, ou autres excentricités musicales mondialement reconnus (Radiohead, Björk, etc.)
-Les meilleurs producteurs français DJ Medhi, Crazy B, ou autre Drixxé ont été voir d’autres marchés ou vivent difficilement l’évolution musicale. DJ Medhi représentait l’avenir parce qu’il était reconnu par le game. Il avait pris beaucoup d’avance en s’inspirant de sons différents (cf. prod pour Karlito, guitare sèche pour Mai Lan) avant de partir sur Ed Banger et être rookie trop en retard... face aux autres acteurs majeurs de la scène électro

La culture musicale du rappeur français

-Un autre fait vient grossir ma liste des doléances : toutes les têtes d’affiche sont a priori capables de sentir les tendances du marché, mais aucune d’entre elles n’a les capacités d’avoir une vision transversale. Rohff, Booba, Mac Tyer, Kery James ne font que rapper et sous-traitent leurs sons aux mêmes producteurs (AnimalSons, etc.). Je remets très légitiment leur culture musicale en question.
-Seul, la Fouine est épargné ici : chant, solfège pour son frère, aversion pour la variété française… Je ne parle que de sa culture musicale.

La communication
-La principale raison du succès du courant est que les moyens de communication étaient plus rares et donc bien plus impactants que maintenant. Il est désormais impossible d'imaginer une plage horaire dédiée à la mouvance HH comme Sidney a pu l’avoir. La période étant bien plus faste la concurrence et donc les risques de cannibalisation ayant augmenté de manière drastique, cette époque est à considérer comme révolue. Canal Street débute, il est trop tôt pour se prononcer dessus.
-Le virage Internet a été très mal négocié par le monde musical et nous ne faisons pas exception à la règle. La cible téléchargeant à outrance, seules les structures indés des puces (Ghetto Fabolous Gang ou LIM Tousillicites) ou Booba, Rohff etc. peuvent se vanter de vivre de leur musique.
Parenthèse : les chanteurs les plus vendeurs en France sont assez âgés ; ciblent des personnes avec un certains pouvoir d’achat étant en décalage avec la phase Internet… Les prochains vieux à pouvoir d’achat : nous, achat de musique faible, je ne vous fais pas de dessin sur l’avenir de la musique en France.

Les clips
-Nous avons de très mauvais clips, et le budget ne devrait en aucun cas être un obstacle (La French touch nous a sorti beaucoup de bons morceaux avec de très faibles budgets, Justice pour les non-initiés par exemple).
-La pression contextuelle fait que nos vidéos sont pauvres. Chaque rappeur veut maintenant vivre de son métier (nuance avec passion), il a donc une mauvaise approche… Il s’ajoute une pression en voulant faire une pâle copie de ce qui marche, et ne se permet pas le luxe de se différencier. Enjeux financiers quand tu nous tiens -> le rap ne ramène toujours pas le succès fiscal tôt pour paraphraser Oxmo.
-Pourtant, notre école de cinéma n’a rien à envier à quiconque et nous avons déjà pu voir une association entre grands réalisateurs et milieu du Hip-Hop (Gondry/ I AM pour le Mia Mondino ou Sednaoui / MC Solaar…). Le dernier clip qui m’a réellement marqué est celui de Kery James avec M. Kassovitz ( XY ), qui a aussi collaboré avec Luc Besson.
-Le seul actuellement qui fait vivre le game, Chris Macari, est devenu trop cher et reproduit ce que les gens veulent (même pression contextuelle). Il propose malgré tout une image de qualité (“Roi sans couronne” de Nessbeal ou “Foetus” de Booba)

Le Hip-Hop listener français

-Il est très dommageable de découvrir sur booska-p ou autre chaîne télévisée (R.I.P. la presse écrite) que les vidéos plebiscitées ne soient que des copies les unes des autres. Dès qu’un rappeur sort autre chose, il est placardisé et ne peut pas prétendre à un succès qui lui permettrait de vivre de sa passion. Les crossovers sont très mal perçus alors que ces derniers font évoluer incroyablement les deux parties… Lil’ Jon très largement copié maintenant en France, écoute beaucoup de hard rock -> inconcevable en France (clin d'oeil avec Korn)
-C’est un problème de fond, la good life et/ou la violence sont désormais omniprésentes et indissociables de notre mouvance (No Limit Records et Cash Money Millionaires, vous avez tué notre game inconsciemment).

-Le seul qui peut se targuer d’avoir été libre-arbitre de sa carrière et en avoir vécu durablement, et confortablement de celle-ci est MC Solaar. Je reconnais le dérapage incontrôlé de ce dernier, mais je trouve triste que celui qui a donné un élan et explorer d’autres pistes ait pu être marginalisé et ridiculisé aussi vite. Oxmo, tu as choisi ce chemin, je ne t’en veux pas (Route d'amsterdam et autres conneries).


Rayonnement international
-Bien que les rappeurs de la Golden Age n’aient pas pu ou su se projeter vers le futur en explorant des nouvelles musicalités, je concède assez aisément une identité forte qui nous a ouvert les portes à des collaborations outre-Atlantique (Lucien, MC Solaar, NTM, terrain propice au plus grand succès français aux E-U, les Nubians).
-Nous avons été supplantés par les Allemands (à confirmer) au début de la décennie. De nombreux échanges américano-allemands se sont effectuées entre-temps par le biais de Samy Deluxe, Xavier Naidoo, DJ Tommekk, Eko Fresh, exportation des Black Buddafly, etc.

En me relisant, je me dis que le Hip-Hop/Rap français est condamné s’il continue dans ce sens. Je ne vois que très peu d’alternatives à ce rap français en déchéance. la Caution surtout ou Disiz avait cette capacité à voir autre chose, mais il est parti voir du côté de Grems et Rouge à Lèvres.
Impossible de ne pas reconnaître le talent des Rocé, etc. Mais, ils ne sont pas la pôle innovation du rap fr.

Je ne nie pas écouter du Booba, Kery James, Rohff mais ça reste éphémère. Sexion d’Assaut dans le contenu propose quelque chose de différent aux tendances actuelles.

Pour entrevoir une quelconque richesse musicale faudrait redéfinir les limites du game, ce qui est impossible connaissant le manque d’ouverture des personnes écoutant le rap français...

Aly

Death Cab For Cutie : Transatlanticism



Comment ça ?! Du rock sur Bordel Inc® !? Et oui chez Bordel Inc, on ne s’impose aucune barrière, surtout quand c’est pour aller à la rencontre d'un album de cette qualité.

Venu tout droit de Bellingham, dans l'état du Washington, nos petits gars de Death Cab for Cutie (nom barbare par excellence pour lequel on évitera le périlleux exercice de la traduction) n’en sont pas à leur premier coup d’essai quand paraît le dénommé Transatlanticism.

L’album alterne ballades rock (plutôt réussies) et titres beaucoup plus incisifs qui font la part belle au son tranché des guitares. La force de cet album réside essentiellement dans le fait que son niveau global ne baisse pas d’un poil tout au long des 11 titres qui le composent.

Les compositions du groupe bénéficient du talent de Ben Gibbrard, parolier et chanteur du groupe qui n’a vraiment pas son pareil pour nous faire ressentir ses émotions. Les principaux thèmes abordés tournent bien sûr autour de l’amour, où tension, mélancolie et romantisme s' entremêlent. Dans ces registres, la plume et la voix de du frontman de DCFC excellent, pour ne pas dire enchantent.

Musicalement, l’album est également très réussi. Chaque chanson possède une mélodie et une structure propre où rien n’est laissé au hasard (oui on entend la basse !!).

Dès l’introduction, le groupe ne perd pas de temps et rentre directement dans le vif du sujet avec le très explosif The New Year, où les guitares se déchaînent dans un océan d’intensité. Voila un titre qui donne envie de commencer l'année sous les meilleurs auspices.

Après une entrée en matière réussie, on change de registre avec deux ballades très simples mais très efficaces, Lightness et Title and Registration, où le calme et la sérénité prédominent. Par la suite, l’album s’emballe avec les très entêtants Expo 86, Sound Of Settling ou encore We Looked Like Giants.

Mais c’est réellement au cœur de l’album que celui-ci prend toute sa splendeur, avec les deux meilleures chansons.

Comment rester insensible face à Tiny vessel, qui commence comme une ballade avant que le rythme s’emballe avec un déchainement de guitare?

Comment rester insensible face à Transatlanticism, chanson magnifique, sortant du formatage habituel (presque 8 minutes) et émouvante à souhait grâce à une mélodie extrêmement soignée.




L’album s’achève sur une superbe ballade acoustique, le très intimiste A lack of color, qui résume selon moi très bien ce qu’est Death Cab for Cutie : simplicité et émotion !

Bref un bon album que l’on prend plaisir à écouter et réécouter pendant nos petits moments de mélancolie !

Bouesso