jeudi 6 mai 2010

Them Crooked Vultures - Ou des corbeaux pas bouffeurs de reste...


Dans le monde de l’industrie musicale, la mode est de plus en plus au side project. Bon nombre sont les artistes qui profitent de « pauses » dans leur groupe respectif pour se lancer dans de nouvelles expérimentations ou orientations artistiques. Vous l’aurez compris, si j’introduis ce point c’est que Crooked Them Vultures est à ranger dans cette catégorie. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le line up, composé de Dave Grohl, stakhanoviste de la musique qu’on ne présente plus (batteur de Nirvana et chanteur des Foo Fighters entre autre), John Paul Pones, bassiste de Led Zeppelin (là je vais quand même pas vous faire un dessin… enfin au cas où, allez jeter une oreille à “Stairways to Heaven” vous comprendrez !) et enfin Josh Homme, chanteur guitariste qui officie principalement au sein du groupe Queens of the Stone Age.

Ok c’est bien beau tout ça, mais l’habit ne fait pas le moine à ce qu’il parait, alors qu’est ce que cela donne concrètement ?

Pas la peine de passer par quatre chemins, l’album est une franche réussite. Nos trois compères font preuve d’une parfaite maîtrise tant au niveau des différents riffs et mélodies que des arrangements. Ne connaissant absolument rien de QOSA, j’ai découvert la voix de Josh Homme sur cette galette et, force est de constater que le bonhomme possède un bagage vocal de qualité qui se situe largement au dessus de la moyenne!

L’album ne possède pas, ou peu de pistes faibles. Les titres s’enchaînent avec un plaisir auditif non dissimulé. Et on peut le dire, il y en a pour tout les goûts. L’album démarre sur les chapeaux de roux avec l’explosif “No One Loves Me Neither Do I”, avec riffs maîtrisés et ses changements de rythme en veux-tu en voilà.
Dès cette première piste, on saisit la volonté du groupe : nous amener là ou on ne s’attend pas à être. On retrouve cette dynamique sur les titres qui suivent tels que “Mind Eraser, No Chaser” et “New Fang”, où le rythme, l’intensité et la qualité ne baissent pas d’un iota. Vient ensuite “Dead end Friends”, où le potentiel vocal de Josh H. fait encore mouche. Vient ensuite le monumental “Elephants” : une intro enlevée, un chant et des riffs saccadés et maîtrisés, et surtout des ponts grandioses qui font passer le titre dans une autre dimension. Une vraie réussite !

Le reste de l’album s’inscrit dans la même continuité au niveau de la qualité, mais avec des morceaux davantage tournés vers le rock psychédélique (“Caligulove” ou “Reptiles”) avec des ambiances variées et inattendues (“Interludes with ludes” et son ambiance pesante, voire inquiétante). La seconde partie de l’album laisse davantage place aux envolées guitaristiques de notre ami Josh Homme, à travers des solos qui forcent le respect (“Warsaw or the first breath”).

Autant le dire tout de suite, Them Crooked Vultures c’est carré, efficace et maîtrisé, vous l’aurez compris. C’est peut-être là le seul reproche que l’on pourrait faire à l’album: Nos trois gars nous ont parfaitement livré ce que l’on attendait d’eux. Mais à mesure que chaque piste se dévoile, on se dit qu’il manque ce petit quelque chose, cette prise de risque ou un véritable hymne qui pourrait faire passer cette galette, du statut de très bon disque à celui de classique. Néanmoins, nos trois gars récitent parfaitement leurs gammes et se sont appliqués à nous pondre un très bon disque rock comme on est en droit de l’attendre. Ca ne sera peut-être pas le disque du siècle, mais ce sera à coup sûr l’un des disques de l’année.

Etant donné ce que l’on nous balance depuis quelque temps déjà (tout genre confondu!), on ne va quand même pas bouder notre plaisir !

PS : J’encourage à aller à la découverte de la discographie de Queens of The Stone Age, dans un style assez proche, et qui vaut le détour !

Bouesso

Pessimiste en Exile


Je suis un éternel pessimiste. Mes collègues bordeliens ne manquent jamais une occasion de me le rappeler. Lorsque j’ai écris que l’année 2009 était sûrement une de mes pires années en terme d’écoute Hip hop, ils me sont tombés dessus sans tarder. Les charognards !

C’est alors que le formidable polémiste aux éditos aussi long qu’intéressant me lança généreusement une liste d’album que j’aurai manqué et me renvoya à mes chers études. Dans la dite liste, il insiste sur un album et un artiste dont le nom m’était foutrement inconnu : Fashawn (et vu sa tête, ça allait pas m'aider hein..)

En bon élève que je suis, je me suis donc mis à approfondir la chose. L’album dont il était question s’appelle “Boy Meets The World” et est effectivement sorti en 2009. En ce qui concerne l’artiste ,après l’avoir longtemps confondu avec Nashawn (Bravehearts RIP !), je trouve quelques infos intéressantes: FASHAWN est un jeune rappeur issue de la scène West Coast indie mais plus important, il fait parti de l’entourage d’EXILE, le génial producteur du groupe EMANON. Sont également présents sur la tracklist, Blu, Evidence et Aloe Blacc. Rien que ça.
Ce Boy Meets World s’avère suffisamment hot pour que je choppe ce disque rapidement.




Après plusieurs écoutes, je peux donc m’empresser de faire mon rapport à mon contradicteur. Cet album loin d’influer sur mon opinion confirme ma vision de l’année 2009. (Eh PAF dans vos dents !)
Bien sûr, cet album est bon mais il n’en restera aucun souvenir impérissable !

Autant le dire tout de suite, cet album doit beaucoup (pour ne pas dire presque tout) au talent d’Exile qui est, à mon sens, un des meilleurs producteurs dans son genre et qui produit ici quasiment l’intégralité de l’album. Mais nous y reviendrons plus tard. Parlons tout d’abord du MC.

Fashawn est un jeune rappeur et cela se voit. Plein d’énergie, une voix rafraichissante et des textes à revendre. Ce n’est néanmoins pas suffisant à un tel niveau pour laisser une trace durable chez l’auditeur. Quand on a pour partenaire un producteur du niveau d’Exile, on se doit d’être à la hauteur et ce n’est pas encore le cas de Fashawn qui est encore un peu juste techniquement. Sa monotonie dans le flow est son principal défaut. Sur ce point, il souffre de la comparaison avec Blu qui a lui aussi sorti il y a quelques années un album commun avec Exile (l’estimé Below The Heavens)

Enfin, Fashawn ne se distingue pas par des qualités lyricales exceptionnelles. Son propos ne sort pas des sentiers battus par ces prédécesseurs, même si je reconnais qu’il s’en sort parfois très bien face à des invités qui auraient pu lui voler la vedette (je pense ici à Evidence qui m’a laissé très froid sur son complet).

Ce qui emmène cet album à un autre niveau, c’est le talent d’Aleksander Manfredi aka Exile Je suis Exile depuis l’époque d’Emanon et je n’ai jamais été déçu. Radio fut d’ailleurs un des rares albums à trouver grâce à mes yeux en 2009. Si j’aime Exile, c’est parce qu’il fait partie de cette catégorie de producteur soulfull qui parvienne à le morceau samplé. Ecouter un album produit par Exile, c’est rentrer dans une bibliothèque sonore et notre culture musicale en sort toujours grandie.

Pour cet album par exemple, les samples sont d’origine diverses. Des plus connus au plus obscures. NWA, Talib Kweli, Nina Simone, Billy Paul ou Joanna Newsom. Il y a à boire et à manger pour tout le monde…

C’est là, à mon sens qu’Exile fait partie des grand. Il est l’égal d’un Kanye West à ces débuts (quand il donnait dans le soulfull). Ces types ont le talent de dénicher la boucle qu’il faut et de la mettre en valeur ce qui contrairement à ce qu’on peut penser n’est pas donné à tout le monde. C’est cette application qui donne à l’album toute sa chaleur et toute sa force. Démonstration avec la piste intitulée When she Calls .

La boucle est tirée d’un album de Joanna Newsom ( YST) , une harpiste célèbre à San Francisco (merci Wiki !). La façon dont Exile a intercalé la boucle extraite de l’album de Newsom et sa propre interprétation de la boucle de Newsom qu’il a rejouée au clavier est juste remarquable. On a l’impression d’un changement dans la continuité (un peu capillotracté n'est ce pas ?) qui fait qu’on ne peut s’ennuyer en écoutant ce morceau (chose qui arrive souvent en écoutant des albums soulfull surfaits).

Joanna Newsom- Cosmia

Fashawn- When She Calls

Extraordinaire également, la capacité d'Exile de presser une chanson comme une orange et d’en tirer tout autre chose. Je pense ici au travail réalisé sur Samsonite Man ou la basse, la boucle de piano et la voix sont samplés à des endroits différents d'un même morceau puis remodelés pour en faire quelque chose d’absolument neuf. Le sample choisi par Exile est un sample de Billy Paul extrait de l'album Feeling good at The Cadillac Club datée de 1968/1973. Les versions divergent mais 1968 correspondrait à l'album et 1973 à un live enregistré. Le morceau en question est magnifique. Il m'était absolument inconnu par ailleurs. Mais c'est bien connu Billy Paul est un trésor inépuisable !

Billy Paul- Don't think Twice, it's all right


Fashawn- “Samsonite Man” featuring Blu

On pourrait multiplier les exemples tout au long de l’album. Cet album, très bien ficelé musicalement parlant manque pourtant de ce grain de folie que pouvait avoir Radio. Il y manque le concept, l’originalité. Ici Exile donne dans l’exercice de style comme a pu le faire Erykah Badu dans New Amerykah Part II : The return of the Anhk. Ajouter à cela un rappeur plein de promesse mais encore trop tendre et vous obtenez un album agréable à écouter mais qui je le crains disparaitra vite des rayons de ma mémoire musicale. Belle découverte néanmoins que ce Boy Meets World pour chiller cet été.

Zayyad

PS : J'en ai pas parler encore mais vivement le retour d' Aloe Blacc qui met vraiment en appétit sur cette album !

lundi 3 mai 2010

Post-Rapism

Comment ça le rap c’était mieux avant !?


Je vois beaucoup d’ignares porter ce tee-shirt sans pour autant maîtriser les deux périodes afin de vraiment pouvoir dire qu'effectivement, c’est le cas…
Attention! Je ne me déclare pas pour autant ô grand maître du HH! Je suis un simple amateur qui porte son regard sur la chose.

La musique HH se doit d’évoluer dans le bon sens…
Cela passe comme dans toute entreprise par des produits vedettes, des produits "vache à lait", des produits pour marché de niche et donc un département Recherche & Développement, digne de ce nom pour tirer le tout vers le haut.
Je comprends que l’ancien temps soit très souvent perçu
(à juste titre) comme LA référence face au délabrement de la scène hiphop émergente (produits vedettes).
Bien qu’on compte nombre des reliquats de mauvais stéréotypes dans le rap mainstream, la scène underground est plus intéressante que jamais grâce à bien des circonstances…

Etat des lieux :

-Le Web a changé la vie de bien d’entre nous et le Hiphop n’a pas dérogé à la déferlante. La chose qu’on peut lui reconnaître c’est qu’il permet à beaucoup de se créer une culture musicale (pour la hype, par plaisir, pour produire ou pour rien)…
=> Merci les plateformes de téléchargement – Wikipédia – blogs - MTV Yo! (je rigole, R.I.P).

-Il était dans le passé bien plus facile de vivre de sons de bonne facture car le marché était plus petit et les revenus plus importants (CD, Vinyle). La dématérialisation du support musical a donc nui à un combo son de qualité/gains financiers. Les majors, chaînes TV, magazines HH (RIP) peinent à dégager des bonnes marges sur la numérisation de la musique ou sur la vente de leur espace publicitaire. Par conséquent, elle va chercher à viser plus large avec un produit qui a fait ses preuves par le passé et qui peut se démocratiser sans regarder des sous-genres à valeur ajoutée.
Exemples : Little Brother qui se fait censurer son énorme Lovin' It en 2005 sur BET ou sous-noté dans Benzino et the Source (presque R.I.P.). The Boondocks, série made in Adult Swim évoque le thème dans cet épisode entre autres (Riley Wuz Here)

-Les maisons de disque effectuaient un tri plus qualitatif dans le passé, c’est à nous de le faire pour retrouver pléthore de bons artistes selon nos critères musicaux. D’ailleurs, 2009 n’est pas un aussi mauvais cru que certains peuvent le penser, car les classiques instantanés sont bien plus rares mais certaines galettes (produits pour un marché de niche) tendent à se bonifier avec le temps… (Mr. Z, I see you)

-Tout comme en littérature ou d’autres domaines, la globalisation nous conduit à ne plus pouvoir maîtriser une scène contemporaine dans son intégralité. Mésestimer l’état actuel de la scène hiphop sans vraiment ‘digger’ les sons est donc une erreur. Nous avons une overview grâce au Net (évoqué plus haut) sur la Golden Age. Une sélection est sciemment faite vers les bons directement, tout en oubliant les mauvais produits "vedette" qui ont pu cartonner (MC Hammer, Vanilla Ice)…
[ Aparté : Je ne vois pas l’intérêt du faire du N.W.A. en 2010… groupe West Side qui a (inconsciemment) fait très mal pendant cette période adulée ; le trafic des stéréotypes et les relans de gangsta rap standardisés qui font tant de mal à la perception des minorités en France et ailleurs. ]
Sachant que les ventes fléchissent, le HH listener est parti pour bouffer du son de moins en moins conscient et/ou transgressif en allumant la télé ou la radio -> plus le droit de parler quand on fait plus de sous, logique !

-La technologie disponible: il est désormais simple de créer sans pour autant avoir été formé à des outils compliqués (instruments ou solfège). D’où l’arrivée de profanes ne cherchant non pas à produire un son unique mais reproduire une tendance sans réel souci de qualité d’innovation. Les samples ne sont plus à la mode (quand NY et/ou LA dominaient le game), les beats minimalistes sudistes ayant pris le dessus. Sampler coûtait cher aux Biz Markie/KRS-One/ATCQ (Lou Reed et ses déclarations étranges), etc. mais maintenant les prix sont encore plus durs pour une musique qui rapporte bien moins (article très intéressant bien qu'ancien à ce sujet Is Sampling Dead ? par Matthew Newton).

-Les enjeux financiers ont pris le dessus depuis l’explosion de la scène musicale. Ce qui rend difficile le succès et met une pression supplémentaire de standard (cf. article sur le HH fr) à ceux qui veulent vivre de ce métier. Le single devenu le revenu numéro 1 (Ringtones/iTunes), l’album est bien moins soigné: Soulja Boy et son Crank That est l’exemple type. Cependant, des anciens sont encore là pour apporter cette touche de transition et d’autres prennent la relève avec succès.

Certes, je crois que la reconnaissance des paires est importante dans le métier mais celui qui lie cela à une touche de créativité et de succès gagne vraiment mon respect (OutKast, je pense à vous spontanément). M.I.A. ou Gnarls Barkley l’ont réussi aussi http://www.youtube.com/watch?v=fN4sQPz07ZY
Ah ce Cee-Lo



non ce Cee-Lo, voire ce Cee-Lo :



Cela ne reste qu’une minorité, malheureusement.

Je reconnais que les succès de groupements talentueux par ex Soulquarians, D.I.T.C. ou Native Tongues reconnus par le public et le marché sont quasi révolus mais de très bonshommes sont dignes de sauver ce HH en tant que stars. Ex : Lupe Fiasco :




-> J’parle plus de la scène US évidemment, le fr étant dans de beaux draps.
Jay-Z (produit "vache à lait") fait autre chose, dur de lui reprocher ça. Blueprint 3 n’est pas un album que j’apprécie, mais il est un moyen d’introduire le hiphop à d’autres et pourquoi pas pousser certains à mieux connaître le mouvement vu la facilité pour se créer une culture (cf. ci-dessus). Son passage à Glastonbury aussi.
Je repense au clash 50 Cent / Kanye West ou le récent retour d’Eminem. Ces événements redonnent de l’intérêt aux consommateurs et de l’engouement à un mouvement qui se distingue encore trop dans la catégorie faits divers (Lil’ Wayne, T.I., Gucci Mane).

Conclusion :
Le HH était certainement mieux avant, mais je crois qu’il est important de ne pas dénigrer globalement ce dernier actuellement. La scène est bien plus diversifiée et ouverte que dans le passé. Nous avons juste à prendre un peu plus de temps pour le constater…
Avec une scène alternative aussi dense et installée dans le paysage musical, il ne manque plus qu’aux produits 'vache à lait' de rivaliser d’ingéniosité pour vendre/créer avec une externalité positive sur les produits 'vedette'.
À la fin des 90s; le HH était le premier vendeur de disques aux US, y a pas à dire le HH se mettait bien avant…

vendredi 23 avril 2010

RIP Guru



La mort de Guru a jeté un putain de froid. Comme lors de la perte d'un proche. Parce Guru, c'est finalement un mec qui a toujours fait partie de notre environnement. En bien ou en mal. Mais c'est la vie. C'est ainsi dira-t-on. Finalement, c'est lorsque la "communauté" hip hop perd un de ses membres les plus éminents qu'elle ressemble le plus à une vrai communauté.
En effet, qui peut nier l'impact de Guru sur cette musique ?


Que l'on soit de la génération 80 et que l'on ai suivie l'épopée de Gangstarr depuis "No More Mister Nice Guy" ou que l'on ait pris le train en route comme moi, la peine est la même.
Sincère.
On s'est tous buté au son "made in Primo" dominée par la voix brute du Guru. On a tous notre album fétiche de ce groupe mythique. Le mien, Moment Of Truth.

J'avais gratté sur ce disque un texte insignifiant qui se voulait à l'époque, être une chronique (qui depuis s'est perdu dans les méandres du net). Reste l'affection que je porte à ce disque.
You Know My Steez. Le gimmick d'ouverture. La voix de Guru
..Magique !

" That makes me know that, we we we we're doin
We had the right idea in the beginning
And and we just need to maintain our focus, and elevate
We what we do we update our formulas
We have certain formulas but we update em (oh right)
with the times, and everything y'know
And and so.. y'know
The rhyme style is elevated
The style of beats is elevated
but it's still Guru and Premier
And it's always a message involved "

C'est clair que ces deux là avaient trouvé la formule. Peu importe ce qu'il s'est passé entre eux, l'histoire se souviendra qu'ils formaient un duo exceptionnel. Un des meilleurs producteurs que le Hip Hop n'ait jamais vu, et un rappeur comme on en fait plus de nos jour! Né pour la rime et pour sauver ce damn' thing qu'on s'entête à appeler hip hop. Un type conscient de son rôle.
Un MC !

Directement après You know My Steez, j'aime zapper sur le mythique Above The Clouds. Cette chanson pour moi est une sorte de perfection:
La combinaison à son summum.
Le beat planant dans une autre sphère (je reprend cette expression de mon premier article!).
Le sample génial de John Dankworth utilisé par Primo.La voix lourde de Guru et la technique facile d'Inspectah Deck.
Au jour d'aujourd'hui, j'aime Inspectah Deck uniquement pour ce son. J'ai toujours trouvé que ce morceau était d'une justesse incroyable. On vole en écoutant ce track. Above The Clouds c'est la chanson que l' on écoute dans l'avion en regardant les nuages pendant que l'hôtesse propose son café dégeulasse. Fermez les yeux et imaginez pour voir...




Je déteste les oraisons funèbres ..surtout quand elle manque de talent! Je vais donc éviter de sombrer dans la pleurnicherie facile. Guru n'était pas dans mon top 5 des best rapper alive. Et si celui-ci existe, il n'y entrera pas demain. Cependant j'ai énormément apprécié son taf. Que ce soit avec Gangstarr ou les premiers Jazzmatazz, c'était pour moi l'illustration de ce que doit être un MC: Conscious, Entertainer, talentueux et passionné...


Une légende s'en est allée. Au delà des nuages.

" Above the crowds, above the clouds where the sounds are original
Infinite skills create miracles
Warrior spiritual -- above the clouds
reigning/raining down, holdin it down "

R.I.P. GURU ( 1966-2010)
clickez sur le titre, il donne sur un lien où l'on peut lire la dernière lettre qu'il a laissé avant de partir

dimanche 18 avril 2010

K'naan : Africain jusqu'à quel point ?

Dans les innombrables débats que je peux avoir avec certains gratteurs de Bordel®, il y en a un qui promet toujours des éclats de voix. Celui de l’existence de scènes distinctes selon les pays (dédicace à la Miss A.).
Autrement dit, existe-t-il une scène rap français ?

Tout ceci peut paraître évident mais il n’en est rien.
Qu’est ce qui caractérise la scène rap français ? Un son ? Des thématiques ? Une conception de la musique différente de ces homologues américains ?
Selon le Larousse, une scène se définit comme «le lieu où s’exerce une activité humaine ». L'unité d'une scène se constituerait donc au niveau de la localisation géographique. Cette affirmation peut-être facilement réfutée: Des artistes aussi différents qu’Hocus Pocus et Booba appartiennent à l’espace français, pourtant on conviendra qu’il y autant de différences de style entre les deux qu’entre Marc Lévy et Baudelaire. Difficile de les classer sous un même étendard.

On le voit l’utilisation du mot scène est finalement plus complexe qu’on pourrait le penser.

Que penser également des artistes issus du continent Africain, exilés à l’étranger et qui sont de suite érigés en héros de la scène Africaine ?

Doit-on les classer au sein de la scène Africaine ou ailleurs?

De cette lignée d'artiste, K’naan est le dernier en date. Son album "Troubadour" sorti en 2009 est le parfait exemple de cette contradiction. En surfant sur le net, on s’aperçoit qu’il est impossible de parler de cet album sans le présenter comme un produit du continent africain ou digne représentant de la scène Africaine.


..Ce qui a le don de m’horripiler fortement.

Je m’explique. K’naan a quitté la Somalie et habite désormais au Canada. Il chante en Anglais et son public est essentiellement nord-américain. Pour quelqu’un qui a écouté Troubadour"", cet album sonne typiquement Nord-américain. L'album est produit par Track & Field qui ne sont autre que Brian West et Gerald Eaton. Deux producteurs R&B US qui ont bossé avec Nelly Furtado. Les featurings (Mos Def, Charli 2na, Damian Marley, Adam Levine..) montrent également l’empreinte Made In USA.

Bien sûr des influences africaines sont présentes aussi bien dans les lyrics que dans le son (sample de Mulatu Astake et de Tiahoun Gessese).

Bien sûr l’histoire personnel de l’artiste est fortement liée à ce continent et ce, d’une manière tragique mais nous parlons ici strictement en terme musical.


Cette relation est-elle suffisante pour ériger K’naan en héros du hiphop somalien ?

J’avoue humblement ne pas être un expert en termes de hip hop africain en général et somalien en particulier, mais il me semblerait plus juste musicalement parlant de nommer comme tel un artiste local qui s’inscrirait dans cette mouvance. Placer K’naan au sein d’une scène Africaine/Somalienne pourrait passer pour une immense preuve de condescendance envers la dite scène ; scène dont au passage on ne parle jamais.

Je ne pense pas que ce soit le cas. Je pense qu’il s’agit davantage d’une ignorance inavouée de la part de la plupart des chroniqueurs, planquée sous un raccourci trop facile. Pour ma part, K’naan, héros de la scène somalienne non…. mais héraut de la Somalie à l’étranger évidemment.

D’autant que lorsqu’on s’arrête vraiment sur cet album, on s’aperçoit que ce n’est pas tant l’Afrique (ou la Somalie) que K’naan décrit. C’est davantage l’errance d’une diaspora africaine obligée de s’exiler pour vivre ou le fait d’être trimballer d’un continent à un autre dans des circonstances aussi terribles. Egalement, la nostalgie du pays, les souvenirs traumatisant d’une enfance, l’arrivée dans un eldorado fantasmé avec ces joies et ces déceptions... Finalement cet album ressemble à son auteur. C'est un pont entre deux cultures que tente de décrire K'naan. Et on peut dire qu'à défaut d’être magnifique, sa plume vise et touche juste.

Dans Wavin’ Flag, K’naan a l’intelligence de ne pas tomber dans le cliché africain et universalise son propos. Finalement, on peut appliquer les paroles de cette chanson aux bidonvilles de Mogadiscio, au project de Brooklyn ou à la cité des 4000. Jugez par vous même...

" Born to a throne, stronger than Rome
But Violent prone, poor people zone
But it’s my home, all I have known
Where I got grown, streets we would roam
But out of the darkness, I came the farthest
Among the hardest survival
Learn from these streets, it can be bleak
Except no defeat, surrender retreat "

Pas étonnant que cette chanson est été choisie comme hymne officiel du Mondial Sud Africain.

Dans Fatima, on touche au désastre de l’enfance brisée. De cette période où les rêves s’effacent devant une froide réalité. K’naan évoque ce passage avec une retenue plus qu’émouvante.

" Fatima,
What did the Young Man say
Before he stole you away
On that fateful day Fatima
Fatima,
Did he know your name
Or the plans we made,
To go to New York City, Fatima "



15 Minutes Away décrit les galères d'argent et l'attente angoissante du mandat Western Union. Tellement vrai.

Somalia et America soulignent l’écartèlement de l’auteur entre ses deux patries. Sur America, K'naan chante symboliquement en somali accompagné d'un Mos Def et d'un ex de Jurassic 5 tout deux plutôt faiblards. Somalia est une ode comme le dit K'naan: Un manuel d'intégration comme on aimerait le présenter à Brice Hortefeux himself.


"Do you see why it’s amazing,

When someone comes out of such a dire situation

And learns the English language,

Just to share his observation!

Probably get a Grammy without a grammar education.

So fuck you school and fuck you immigration!"



Le deuxième point que je souhaitais soulever est le suivant: l’album de K’naan est davantage un album de pop fortement inspiré du hip hop qu’un album de hip hop (à proprement parler). Les chansons s’enchaînent agréablement. La musique est intéressante (mention particulière au trombone sur le morceau Fatima) et offre plusieurs niveaux d’écoutes. La voix de K’naan n’est pas particulièrement agréable mais elle s’insère parfaitement à l’ensemble. Ainsi l’interprétation maladroite de Fire In Freetown est audible après plusieurs écoutes.


Bref, malgré tous mes efforts pour détester cet album, je me suis quand même surpris à l’apprécier pour ce qu’il est. Un album easy listening au sens positif du terme. "Troubadour" est sans prétention et ne révolutionnera rien du tout mais il permet de découvrir un artiste sincère dont j’apprécie la simplicité. Un album qui mérite une meilleure exposition dans nos contrées.

Peut-être lors d'une victoire d’une équipe africaine au Mondial ?



Zayyad

lundi 12 avril 2010

Mixtape of our black (Kate) Mos


Salut! La mixtape de la semaine (ou devrait-on dire "du mois" pour être plus réaliste) nous amène un peu de soleil. Décidément, le printemps nous fait des feintes, souvent on est saucé, on range le gros manteau au placard, on sort les teeshirts flashy et BIM ! le vent nous donne des gifles, nous gêle les os.. tandis que les nuages passent devant le soleil (un peu comme Messy et les Gunners). Brrr.. on a bien le seum mais on continue de faire comme si.. Maaliche le métro n'est pas si loin!
Bordel-Inc remédie à ce problème, et vous propose de mettre un peu de chaleur dans votre Mp3 avec une mixtape reggae de Max Tannone (connu sous le nom de Minty Fresh Beats). Ce mec est loin d'avoir la tête de l'emploi, ce petit gringalet new yorkais est un beat-maker qui commence à se faire un nom. Ces mashups sont des plus subtiles: la mixtape a été concocté avec minutie! Mélanger du dub et du Mos def était pourtant risqué, mais 'faut l'avouer le travail est propre!
Pour les purists, rassurez-vous le 20 au Cabaret Sauvage, Mr Mos Def nous fera l'honneur (j'espère) de nous jouer "The Ecstatic" (encore un bon album de 2009!) et surtout le délicieux "Black On Both Sides".

mercredi 3 mars 2010

Doc Gynéco ou la Cassandre des temps modernes !

1997, une cour d’école encore vide. Il est 10h et c’est bientôt l’heure de la récré. Bientôt les enfants vont faire leur apparition. Le premier d’entre eux à mettre le pied dans la cour poussera le cri universel du « premier à être entré dans la cour » et vérifiera encore ce théorème inexpliqué. Pourquoi en entrant dans une cour, les enfants se sentent-ils obliger de hurler ?
Maintenant c’est toute une horde de mômes braillards qui ont envahies les lieux. Le nombre de morve au nez doit être égal au nombre de dollars planqués dans une banque au Liechtenstein. Dans le fond de la cour, trois gamins se cachent à l’abri des regards indiscrets. Ils récitent quelque chose. Une poésie à apprendre pour le cours suivant ?
Demain dès l’aube de Victor Hugo peut-être ? Non, ils chantent Vanessa ou Nirvana de Doc Gynéco. Ils ne comprennent pas un traître mot de ce qu’ils sont en train de chanter mais ils le font avec passion. Jusqu'à ce qu’un professeur passe par là et les remette en place rapidement… Sans qu’ils ne comprennent pourquoi.
Ce souvenir autobiographique poignant pourrait faire bondir un membre de l’Académie française. Ah la décrépitude intellectuelle des jeunes Français qui font passer Doc Gynéco devant Victor Hugo ! Pour moi, c’est surtout le souvenir d’une méchante remontrance et un de mes souvenirs hip-hop les plus lointains. Et c’est en repensant à ce souvenir que je me suis rendu compte de l’impact de Doc Gynéco à l’époque. Nous n’étions que des gamins et pourtant… 
C’est ce qui m’a décidé à replonger dans “Première Consultation
que je n’avais finalement jamais vraiment écouté.



Autant le dire tout de suite, cet album m’a mis une claque. J’avais beau connaître la moitié des titres, j’ai été surpris par l’homogénéité de l’album. Cet album respire la côte ouest californienne comme c’est pas permis. Claviers, grosses basses comme pourrait les sortir le maître de Long Beach. Plutôt rafraîchissant quand la majorité des rappeurs de l’époque puisaient leur inspiration dans la scène New Yorkaise.
C’est à la fin de l’album (le morceau plutôt raté “
Papa was a rollin’ stone”) que le parallèle avec Snoop Dogg s’est imposé à moi comme une évidence. Le même flow traînant et cette faculté à chanter font du Doc une sorte de double français du chien fou. A l’instar de celui-ci, Gynéco ne brille pas par la qualité de ces textes. Ces sujets de prédilection se bornent à la rue, au sexe et encore au sexe. Surprise pour moi, Gynéco s’avère également être un vrai fan de foot avec des références tout au long de l’album et ce, surtout dans le célèbre Passement de Jambe. Ce qu’il y a de plus étonnant là-dedans finalement, c’est que l’album dans son entier, laisse entrevoir ce que deviendra Gynéco une décennie plus tard.
Dans “
Classer-le dans la variet”, Gynéco prend déjà ces distances avec le mouvement hip hop. Dans “Si tu crois que je pèze” on le sent plutôt lucide quant à ces rapports au show biz et sa chute prochaine. L’illustration de son désir d’autodestruction et son sentiment de perdition ne sont plus à démontrer. “Nirvana” et “Née ici” sont devenus des hymnes pour toute une génération…
10 ans après, Gynéco est la risée de la France entière, qui le voit désormais comme une loque sur patte. Récupéré par Sarkozy, ce qui l’a définitivement coupé du fan de rap landa, il ne semble plus être qu’un sujet de moquerie.
Loin de moi l’idée de défendre le Gynéco d’aujourd’hui mais de défendre celui d’hier qui été un véritable artiste. Un artiste qui avait parfaitement su se démarquer malgré les critiques ; un artiste au bord du ridicule est qui a fini par y sombrer ; Une Cassandre qui avait prédit sa chute prochaine mais qui a voulu le faire d’une manière magnifique : Finalement, on peut se dire qu’elle y est parvenue.

Zayyad